L’auteur et les recherches

Écrire un roman, c’est faire des phrases correctes (si si, je vous jure), structurer ses idées (un minimum, même quand on est un auteur freestyle), travailler ses personnages (évident) mais c’est aussi et surtout faire des recherches ! Que ce soit avant et pendant l’écriture ou durant les corrections, les auteurs revêtent leur chapeau d’Indiana Jones et partent en quête de toutes les informations qui pourront les mener au Graal, enrichir leur œuvre et, surtout, la rendre cohérente et crédible.

Indiana Jones
Chercher c’est bien, trouver c’est mieux !

Lors de la première édition de L’Imagina’livres à Toulouse, nous parlions, Angel M. Meynard, Vanessa Terral et moi-même du fait qu’on ne pouvait pas terminer la rédaction d’un livre sans avoir rien appris, car on ne peut tout simplement pas se baser sur notre seul vécu et nos seules connaissances pour tisser le destin de plusieurs personnages et immerger un lecteur durant plusieurs centaines de pages dans notre univers.

C’est bien beau ce que tu nous dis, mais concrètement, tu recherches quoi et où ?

Pour répondre à cette question, je vais prendre des exemples :

Durant la rédaction de « Il pleuvra sur la lande », le premier tome de « Des proies pour l’ombre » (Ed. Flammèche), mes personnages vadrouillent un peu partout dans le monde, notamment à Chypre et dans la jungle mexicaine.
Problème : je ne suis jamais allée ni à Chypre ni au Mexique, et encore moins dans la jungle. Il a donc fallu que je farfouille partout pour trouver des infos, que je regarde des reportages, que je fasse chauffer mon pote Google Earth, que je lise des carnets de voyage, etc.
Il me fallait aussi trouver un hôtel à Chypre disposant du Wi-Fi, savoir où se trouvaient les aéroports, connaître l’autonomie d’un jet privé pour voir si je devais faire faire des escales à mes personnages, faire attention au décalage horaire, etc. Et idem pour le Mexique.
Mes persos Eagle et Sorata ont un lien étroit avec les mafias et vont le mettre à contribution. Là aussi il m’a fallu faire quelques recherches car ce n’est pas évident de savoir que Chypre abrite la mafia russe ou que le cartel le plus violent du Mexique a été fondé par des anciens membres des forces spéciales de police, en faisant ainsi une organisation bien armées, dotée d’une bonne logistique et connectée.

Autre exemple, toujours pour le même roman :

Une partie du tome est liée, d’une certaine manière, à l’histoire du château de Sinclair et Girnigoe à Wick dans les Highlands, en Écosse. Il a donc fallu que je me documente sur lui et sur ses propriétaires qu’ont été les comtes de Caithness. J’ai commencé mes recherches sur Wikipédia. Durant la période qui m’intéressait, beaucoup de comtes avaient pour prénoms ou George, ou John, ou William et je me suis aperçu, en comparant les dates de naissance et l’historique du château, que certaines infos étaient soient erronées, soit incomplètes et brouillonnes. Il m’a donc fallu les coupler avec d’autres informations provenant de sites spécialisés (et en anglais, sinon ça n’aurait pas été marrant…) pour espérer me rapprocher de la vérité historique (n’étant pas historienne, j’insiste sur le mot « rapprocher »).
Wikipédia est une bonne base pour démarrer des recherches mais cela ne doit en aucun cas représenter votre seule source d’informations. Lorsque vous obtenez une réponse à une interrogation, vérifiez-la toujours ailleurs.

château de Sinclair et Girnigoe
Impossible que ce château ne vous inspire rien !

Autre exemple, sur le tome 2 cette fois-ci.

Dans « Lame vagabonde », l’histoire se déroule majoritairement à Londres, ville que j’ai visitée il y a fort longtemps et qui ne m’a pas laissé des souvenirs indélébiles (si ce n’est concernant ma famille d’accueil, mais c’est un très mauvais souvenir… Passons donc.)
L’Angleterre, ce n’est pas la France.
À Londres, il y a un péage urbain, il y a des quartiers à connaître car un membre de la noblesse n’habitera pas au même endroit qu’un gamin de la basse classe.
En Angleterre, on ne passe pas le BSR à 14 ans mais le CBT à 16 ans. Les vacances scolaires sont également différentes (notamment les grandes qui sont plus courtes chez eux). Dans la même veine, les lycéens ne passent pas le BAC mais le A-Level.
Les Anglais roulent à gauche (comment ça je ne dis que des évidences ?), ce qui change quelques règles de conduite auxquelles nous autres Français devons faire attention parce que notre réflexe, c’est de conduire à droite.
Les congés des employés, les durées de préavis et les héritages sont aussi différents.
Je dois aussi faire attention aux dates car les deux premiers tomes se passent en 2012. Il a donc fallu vérifier que les informations exactes à l’heure actuelle l’étaient cette année-là également.

Ce sont des petits détails qui, négligés, peuvent nuire à un roman. Ce n’est pas parce qu’on écrit de l’Imaginaire que cela nous dispense d’être rigoureux.
Même lorsque nous inventons des créatures ou des sociétés, nous les soumettons à des règles et nous nous devons, tout au long de notre roman, de respecter ces règles, auquel cas nos lecteurs se sentiront floués.
Et ils auront raison.

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3 réactions au sujet de « L’auteur et les recherches »

  1. Ceccarelli Réponse

    Merci pour cet article qui nous fait rentrer dans ton vécu d’écrivain. Oui, les recherches sont importantes pour écrire de la fiction. Personnellement, je me rends à la médiathèque de mon quartier et je visionne des DVD sur le sujet qui m’intéresse. Il y a vraiment de tout (de la guerre du Vietnam au jardinage) J’aime bien aussi me promener dans un quartier que je ne connais pas (J’habite Paris) et faire des photos. Pour les descriptions, c’est intéressant.

    • Dana B. Chalys Auteur ArticleRéponse

      Les médiathèques et les bibliothèques sont des mines extraordinaires d’informations, je suis bien d’accord ! C’est vrai que pour les descriptions, visiter les endroits dont on parle est le mieux mais ce n’est hélas pas toujours possible (pourtant j’aurais bien passé quelques jours à Chypre. Pour le travail, évidemment ^^). En ce moment je suis en pleine écriture du tome 3 de mes Chroniques d’un Saint Exorciste qui se passe à côté de chez moi, à Toulouse, j’en profite donc pour faire mes repérages à pied en prenant des photos et des vidéos. C’est aussi l’occasion, comme tu dis, de découvrir des endroits qu’on ne connaissait pas et à titre personnel, j’adore ça !

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